mardi 15 décembre 2009

Phase 7 : Le Syndrome de "Quand t'as pas boulot, tu galères pour en trouver... mais quand tu en as, on te demande de faire deux milles BD dans l'année

Nous voici donc, avec Elsa et Nicolas Jarry dans les bureaux de Delcourt à Paris.
C'était la première fois que j'entrais dans les locaux d'une édition nationale.
On passe une bonne demi-heure à serrer des mains et à oublier aussi sec les prénoms de leurs propriétaires.
On est aux anges, un bref tour pour rencontrer Mr.Delcourt himself, très très occupé et zou, on parle gros sous avec le directeur de collection confortablement installé dans son bureau-bibliothèque-hangar de stockage de mobiles à l'effigie des plus grands succés de la boîte.

Gros sous, c'est un euphémisme, on est auteurs débutants, donc le prix à la page n'est pas exhorbitant, mais qu'importe, on a la chance extraordinaire d'être payé pour faire des BD, le rêve !! :)

Beaucoup de subtilités nous échappe dans le contrat. Avec les années d'expérience, nous savons que les contrats d'éditions sont loin devant les plus clairs et les moins "jt'embrouilles", par rapport à ce que j'ai pu voir dans les autres domaines artistiques.

Mais il y a quand même des trucs obscurs, des trucs qu'on ne comprends pas bien... c'est pas grave, on accepte le tout en bloc (bien sûr, on a trop peur que si on commence à négocier, ils nous disent que ben non, rentrez chez vous...) !


Et le retour à la maison se fait avec la banane jusqu'aux oreilles.
On discute entre nous de pas mal de choses, les orientations de la série, on se projette dans le futur, avec plein d'énergie, et surtout...surtout, du rythme optimal à obtenir.

J'ai été nourri aux mangas et aux comics, et j'ai toujours pensé la même chose depuis le début. Le succés d'une série vient de sa régularité dans la parution.

Et là, je trouve le système de production franco-belge assez abhérrant. Je vois que la moyenne de production d'un album est de 1 an et demi. Et dans ma vision candide des choses, je me demande bien pourquoi les auteurs français ne vont pas plus vite !...

Si j'accroche au premier épisode de DR.HOUSE, j'ai la suite la semaine suivante et non pas 1 an après. Pour les mangas, le rythme est hébdomadaire et les comics sont mensuels, alors pourquoi ?...

Je me suis vite rendu compte en faisant les premières planches pour mon premier album que, ...ben, en fait, c'est vachement dur. Donc, c'est long.

On faisait tellement peu de pages par mois que nous avons dû avoir un mi-temps à côté.

Et voilà comment se sont passé nos journées pendant 6 mois (après on a arrêté, on était nazes)

-8h00, j'amène Elsa à son mi-temps de documentaliste au CDI d'un collège.
-8h30, j'aide Christian Gine (Neige, Finkel) aux décors de ses séries.
-16h30, je file à mon mi-temps, il fallait appeler des clients de salles de remise en forme et leur demander si tout allait bien, plus de 200 appels à faire en quelques heures.
-21h00, je rentre à la maison, on mange et on bosse sur Magon jusqu'à point d'heure.

C'est sûr que c'est rien comparé à la journée de Jack Bauer, mais on a pas fait ça très longtemps.

Un jour j'ai lu une interview de Marini pour sa nouveauté, le Scorpion. le journaliste le questionne à propos de sa cadence de production ultra-rapide. Il répond tout simplement qu'il dessin le mieux possible sur l'instant et qu'il préfère laisser des petites erreurs, l'important est d'avancer et de PRODUIRE...

Cette phrase m'a marquée. Je me suis employé à ça pendant de nombreuses années.

En parallèle, Nicolas Jarry souhaite faire d'autres scénario, il développe en particulier avec Jean-Luc Istin une série chez Soleil, les Brûmes d'Asceltis.


Elsa fait un essai couleurs et c'est elle qui décroche le poste. Jean-luc a lancé une série de collectif autour les légendes bretonnes, "Les contes du Korrigan", il me propose de participer au tome 2.

Je me mets en mode "Fight-On" et voilà que je passe de 6 ans de rien du tout à des journées de fou où je dessine 13 ou 14 heures d'affilées.

Je ne me plains pas, bien sûr, c'est le bonheur, même si cette saleté de main n'obéit pas à mon cerveau et qu'elle fait souvent n'importe quoi. Mais la "Marini-way-of-life" me dit tout bas, ...avance, améliores-toi, fais au mieux sans te poser de questions.

Ce qu'il faut préciser et que les lecteurs ne savent peut-être pas, c'est qu'il est facile d'entrer dans une spirale de questions et de doutes quand on est coupé de l'extérieur pendant longtemps.
Je faisais mes premiers albums, il n'y avait pas encore la confrontation (positive ou négative) avec le public en dédicaces, ni de critiques dans la presse ou sur internet. Il n'y avait que moi, seul face à mon travail.

Le premier album à sortir est "Les contes du Korrigan", le 18 juin 2003.


Je suis pas mal ému, d'autant que mon personnage du Diable figure sur la couverture (le reste a été dessiné par Jean-Luc Istin).

J'ai hâte que Magon sorte !...

Et la nouvelle tombe peu après, on a la date de sortie, je dois faire ma première couverture. L'album sortira en septembre 2003 et on est invité au festival Delcourt à Bercy pour son lancement !

2 commentaires:

  1. En parlant de BD avec une periode longue entre chaque tome : ça fait looooooooooongtemps que j'attends avec impatiente la suite des Brumes d'Asceltis, j'aime beaucoup cette BD mais je n'ai pas vu de suite.... ah plus? :(

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  2. Rémy (Asceltis)2 mars 2010 à 11:26

    Ca va donc faire près de 7 ans que je suis vos travaux... Ça ne me rajeunit pas ^^

    Bonne Continuation à vous tous !

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